Le Chant de Lucie
Pour Marie Quéau

Ce long chant accompagne Odds and Ends, une enquête photographique et fictive menée par Marie sur les traces d’une éventuelle fin du monde, entre Châteauroux et Kourou. Le livre a été publié en janvier 2021, par Area Books (https://www.area-books.com/en). Il y est question de ses propres fantasmes et de nos inquiétudes à tous. Lucie, le personnage que mon chant exalte, est une sorte de double de la photographe, son alias à venir.

-
Extrait :

Un soir sauvage et sans étoiles
Lucie noue un foulard sur son crâne
Lucie sort de son lit nue dans les rues
Les yeux bandés elle va s’avance et voit
Les choses, les autres sous le charme du monde

Pour sortir elle porte de longues vestes lourdes
Ses blouses en soie ses dessous luisent de rien
Deux cents paillettes tremblent lorsque son cœur bat
Elle est grande, ses seins plats blancs comme un rêve
Même la sueur pâlit contre son ventre vide

Elle danse elle chante les gestes du vertige :
Le vert certain d’une mésange en pre?sage
L’air vagabond traverse sa peau quand
Son corps de fille suit les aiguilles de nuit
Il s’épuise en pensées mortes ou vives

Quand elle danse ses bras ses mains ses doigts
Forment la couronne dure des bois d’un grand cerf
Ses bras se dressent bien droit pour la musique :
Trapèzes où se perdre se pendre à l’envers
Elle cherche le mal à la racine de ses cheveux sales

Entre ses jambes sous son sexe quand elle bouge
Ses chevilles ses poignets, pouces et index
Joints les enserrent, tout est là très fragile
Et quand un pan de sa veste en or claque
Sa robe contre ses hanches elle pense a? l’aube

C’est une fin tragique à laquelle croient seuls
Les enfants les vieillards et quelques autres
Aimant les songes profonds qui ne dorment pas
Ils pensent la terre grandiose et son de?sastre
Lucie sera pour eux un grand capitaine

-